Balance des transactions courantes en avril 2010

Publié le par Fabien Pot

Il est courant de parler de la balance du commerce exterieur. On comprend assez bien le concept : si on vend plus de biens aux pays étrangers que l'on leur en achète (en valeur), alors on s'enrichie. A l'opposé, si on leur achète plus de biens que l'on leur en vend, on s'appauvrie.

 

Il existe cependant d'autres flux d'échanges de richesses, et c'est ce qu'essaie de prendre en compte la balance des transactions courantes. La nomenclature de la Banque de France distingue quatre types d'échanges :

  • Les échanges de biens : tous les biens fabriqués en France et vendus à l'étranger, et vice-et-versa. On retrouve là notre balance commerciale.
  • Les échanges de services : "En France, on a pas de pétrole, mais on a des idées". Il s'agit des prestations en informatique, en construction, en assurance, transport, frais financiers .. Toute activité intellectuelle ou manuelle, rémunérée à une société francaise au bénéfice d'une société à l'étranger (et vice-et-versa) Cela inclue également les revenus de brevets.
  • Les échanges de revenus : salaires des salariés transfrontaliers, mais surtout revenus du capital investi à l'étranger (dividendes, coupons obligataires).
  • Les transferts : l'argent transféré à l'étranger sans contrepartie évidente. Les dons, l'aide internationale, mais aussi les transferts d'argent  de salariés immigrés vers leur pays d'origine.

Examinons maintenant l'évolution de ces différentes balances dans le temps.

 

On commence par la balance des échanges de biens :

biens-avr10.PNG

 

On entend parler des délocalisations depuis tellement longtemps qu'on est convaincu que la France importe plus qu'elle n'exporte depuis des lustres. Pourtant, c'est seulement en 2005 que la balance des échanges de biens s'est installée dans le rouge.

 

services-avr10.PNG

La France subit une érosion de sa balance des services depuis son plus haut de 2001, mais celle-ci reste encore largement positive.

 

revenus-avr10.PNG

La tendance est à la hausse en ce qui concerne les revenus du capital, malgré une baisse en 2009. Il semble que les français investissent de plus en plus à l'étranger (ou les étrangers de moins en moins en France !).

 

transferts-avr10.PNGLa balance des transferts se dégrade de manière continuelle depuis les années 90. Je ne pense pas que la générosité publique et privée, ni celle des travailleurs immigrés envers leurs familles, puissent expliquer ce phénomène. Je pense que c'est plutôt le pendant du solde de la balance des revenus : l'argent est investi hors de France.

 

Voici  l'indicateur qui aggrège ces quatre balances :

Transactions-Courantes-avr10.PNG

Jusqu'en 2005, la France s'enrichit au contact avec l'étranger. Au contraire depuis 2005, il y a plus d'argent qui quitte le pays qu'il n'en rentre. Les revenus du capital, et ceux des services, ne suffisent plus à compenser le déficit du commerce et le flux d'argent qui fuit le pays.

 

Pour donner un ordre de grandeur, les 40 milliards d'euros de déficit de la balance des transactions courantes représentent 2,2% du PIB, on reste donc dans des proportions soutenables.

 

En conclusion, voici une comparaison internationale de 2008 (données Banque Mondiale) :

 

comparaison2008.PNG

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Philippe 04/08/2010 11:03


J'ai une autre proposition (un peu gratuite) au déséquilibre des transferts courants : la France étant de plus en plus endettée, ne peut plus trouver à se financer sur l'épargne nationale et doit
recourir plus massivement à des emprunts étrangers, qu'il faut rembourser à l'étranger. Ce qui explique la fuite de capitaux, et précise l'exposition de la France aux marchés financiers
spéculateurs : notre dette est devenue très dangereuse.


Alain Balu 09/07/2010 17:45


Bravo d'abord pour votre blog que je découvre aujourd'hui avec beaucoup d'interêt.
S'agissant de la balance commerciale de la France et de son inquiétante évolution, je voudrais dire que ce qui est grave n'est pas tant le déséquilibre importations-exportations lui-même, mais
l'incapacité ainsi démontrée des entreprises françaises à faire face à la concurrence mondiale.
Les causes en sont nombreuses, et parmi elles l'euro. Mais celui-ci n'est sûrement pas la cause unique de ce "décrochage" qui sera dur à remonter.