PIB de la France en 2010 : +1,5%

Publié le par Fabien Pot

Après une année 2009 calamiteuse (-2,5%), le PIB a retrouvé le chemin de la croissance en 2010.

 

Au quatrième trimestre, la croissance  n'aura été que de 0.3%. Christine Lagarde accuse les grêves d'en être en partie responsable. Elle n'a peut être pas complétement tort, quand on voit l'étendue du destockage sur la période :

Insee-T4-2010.png

Si c'est bien le cas, les stocks devraient se reconstituer ce trimestre, et la perte de croissance s'annuler.

 

Sur une longue période, le PIB affiche une croissance quasiment continue :

PIB-T4-2010.PNG

 

La population de la france était de 41 millions en 1950, et de 62 millions en 2010 (France Métropolitaine). Le PIB/habitant serait donc passé de ~4 900 euros par an en 1950, à ~25 800 euros par an en 2010, soit une multiplication de la richesse par 5 en 60 ans.

 

Il faut cependant se méfier des indices basés sur l'infation, en particulier sur le long terme. En effet, l'inflation est par construction arbitraire, calculée par rapport au "panier moyen". C'est également un indice hédonique : si la télévision "moyenne" de 2000 coutait par exemple 600 euros, et que la télé moyenne de 2010 coutait aussi 600 euros, on considerera que vous êtes plus riche, puisque pour le même prix vous avez une télé bien plus puissante (écran plat, grande diagonale ...). L'augmentation de la richesse par ce biais est pour le moins contestable.

 

En variations trimestrielles :

PIB-Var-T4-2010.PNG

J'ai volontairement coupé le graphe sur les événements de 1968, qui faussaient complètement l'échelle pour un incident très ponctuel (1 trimestre de baisse record du PIB suivi d'un trimestre de hausse record).

 

On voit très bien les trentes glorieuse sur ce graphe : de 1949 à 1974 le pays ne connait quasiment pas de récessions, et la croissance trimestrielle moyenne est à 1,3%. Après la première récession sévère (1974-1976),  pendant le premier choc pétrolier, le potentiel de croissance trimestrielle diminue à 0.6% (1976-2007), et le PIB connait un certain nombre de replis. Après le grand choc financier de 2008-2009, la croissance trimestrielle atteint pour l'instant une moyenne de 0.3% par trimestre ...

 

Le PIB est un indicateur pratiquement toujours positif, il ne baisse que quand ça va vraiment très très mal. Du coup, l'une de ses composantes est souvent plus intéressante pour déterminer la santé du pays à un moment donné. C'est la FBCF (Formation Brute de Capitale Fixe), autrement dit l'investissement :

FBCF-T4-2010.PNG

On retrouve les 30 glorieuses sur ce graphique, avec une courbe d'investissement haussière quasiment continue (1.8% en moyenne par trimestre). L'investissement progresse ensuite par à-coups, sur les périodes 1984-1989, 1997-2000,  et 2003-2007. Chacune de ces périodes se termine par une crise de "mal-investissement" : crise immobilière (1990), crise boursière (2001), et crise financière (2008). Dans un contexte de désindustrialisation, l'argent n'arrive plus à rencontrer l'investissement productif.

 

En variations trimestrielles :

FBCF-Var-T4-2010.PNG

Là encore, la différence entre l'avant et l'après 1974 est frappante...

 

Pour en revenir à la reprise actuelle, voici une comparaison des principales récessions depuis 1974, avec le temps nécessaire pour effacer la destruction de richesses :

recovery-T4-2010.PNG

 

La récession de 2008-2009 a donc été la plus longue et la plus profonde depuis la guerre, et la reprise n'a toujours pas permis effacé la perte de PIB, 12 trimestres après le début des problèmes.

 

Ci-dessous, une comparaison de l'effet de la récession et de la reprise sur les principales économies mondiales :

compar-inter-2010-2.PNG

On distingue deux groupes de pays : celui constitué par les USA, l'Allemagne et la France, dont le PIB est presque revenu au niveau d'avant-crise, et celui formé par le Japon et le Royaumes-Unis. Pour eux, la récession a été plus profonde et la reprise sera plus longue.

 

J'ai volontairement "oublié" la toute nouvelle deuxième puissance mondiale dans ce comparatif; tant sa situation est différente de celle des principaux pays occidentaux :

compar-inter-2010.PNG

 

En conclusion, je dirais que l'économie française a retrouvé un peu de sérénité en 2010, ce qui était loin d'être évident au plus fort de la crise en 2009. Il reste à passer le test de la réduction des déficits et de la fin de la croissance à crédit, cette année et en 2012, pour pouvoir vraiment tourner la page de la pire récession de l'histoire comtemporaine de notre pays.

Publié dans PIB

Commenter cet article

yoananda 19/02/2011 14:14


Je proposes qu'on arrête de dire que le PIB mesure la richesse d'une nation. C'est en partie vraie, mais en partie seulement, et c'est surtout de moins en moins en vraie.

Il faudrait séparer les activités réellement productrice de richesse (et définir au passage ce qu'est une richesse) des autres.

Par exemple quand quelqu'un tombe malade et qu'on le soigne, ca fait monter le PIB, mais ca ne crée pas vraiment de richesse. Un bon système de santé est une richesse il est vrai, mais prenons un
autre exemple : la catastrophe AZF a fait travailler plein de monde, donc, compté au PIB, mais on ne peut pas dire que creuser un trou et le reboucher est une richesse en soi, non ?

Donc la richesse, il faudrait la définir autrement, en terme d'espace de vie, en terme de capacité de voyager, d'accès à la connaissance, de santé, éventuellement de loisir, etc... On peut rester
dans le domaine matériel pour faciliter la chose.

Du coup le PIB c'est quoi au juste ?
le PIB c'est la mesure des échanges faits dans le pays. C'est une mesure indirecte de la richesse du pays. Pourquoi les politiques insistent tant la dessus ? parce que c'est la mesure des échanges
... imposables ! tout simplement.
C'est pour cela qu'ils veulent de la croissance du PIB absolument. C'est de leur impôts qu'on parle ! Mais pas de la richesse productrice du pays.


DiscoTonio 18/02/2011 19:31


Ca serait intéressant d'avoir les PIBs par habitant aussi ;)


Fabien Pot 18/02/2011 19:33



On leur donne la main, ils veulent le bras !