La dérive des finances publiques, 1959-2010

Publié le par Fabien Pot

Je l'ai montré dans un article récent : le poid des transferts sociaux n'a cessé de s'accroître depuis la guerre.

C'est la principale cause d'une augmentation continue du poids de l'état dans l'économie. De 1959 à 2009, il est passé de 36% du PIB à 56% du PIB :

Recettes-Depenses-2009

Jusqu'au début des années 80, la hausse des recettes arrive tant bien que mal à suivre la hausse des dépenses. Ensuite, ce n'est plus le cas, et le déficit se creuse de plus en plus :

solde-1959-2010

Chaque récession majeure provoque un nouveau record du déficit, mais aucune reprise ne permet jamais de revenir à l'équilibre. La conséquence, c'est une dette publique qui ne cesse de s'accroître :

Dettes-1978-2010

Deux choix sont possibles pour l'état:

  • Continuer d'augmenter les recettes pour suivre l'augmentation des dépenses. En d'autre terme augmenter massivement les impôts. Avec une pression fiscale qui serait largement au dessus de 50% du PIB, je pense qu'on pourrait alors parler d'une politique d'extrême gauche ...
  • Diminuer les dépenses pour les aligner sur les recettes. Cela provoquerait obligatoirement des "régressions sociales" d'une autre ampleur que la réforme des retraites de l'année dernière. Avec des dépenses qui représenteraient encore nettement plus de 40% du PIB, on peut parler de politique centriste, ou modérée.

Quelle voie l'état choisit-il ? Ni l'une, ni l'autre. En augmentant les recettes et en diminuant les dépenses, il est pour le moins populiste, sinon totalement irresponsable. Il est défendable que l'état soit en déficit un ou deux ans, pour amortir les effets d'une crise particulièrement douloureuse, mais un déficit qui court sur 30 ans, c'est simplement vivre à crédit sur le dos de la génération suivante.


Vous l'aurez remarqué, mon graphe de la dette ne commence quand 1978. Contrairement à d'autre pays, comme les USA, l’INSEE ne fournit pas de données avant cette date. La seule information que j'ai pu trouver sur ce sujet, c'est ce graphique tiré d'une étude de 1995 de l'OCDE :

 Masson-Et-Mussa-95

Il semblerait que la France ait vécu longtemps avec une dette très importante. Cependant cette dette parait assez stable sur de longues périodes, et augmente uniquement avec les guerres (1870, 1914, 1940). On peut penser que la pression fiscale était moins forte (les prestations sociales étaient à l’état embryonnaire), et que l'état pouvait donc plus facilement ajuster les impôts pour ne pas se retrouver en déficit chronique. Mais ce n'est qu'une hypothèse.


Le dernier point que je voudrais aborder, c'est celui de la dette cachée. Il n'y a pas si longtemps, l'Espagne et le Royaume-Unis était cité en exemple pour leurs faibles dettes publiques, et leurs excédents budgétaires. C'était ignorer l'importance de la dette privée :

dette-menagesdette-entreprises.PNG

Lorsqu’un ménage ou une entreprise s'endette, elle crée de la monnaie temporaire. Cette dernière se retrouve d'ailleurs dans le fameux agrégat M3, que la Fed cessa de publier à peine quelques années avant le début de la crise ... Une importante partie de cette création monétaire va se retrouver dans les caisses de l'état, par le jeu des impôts et des taxes. Les recettes publiques sont alors artificiellement élevées. Quand la crise éclate, le crédit se contracte, et ces recettes disparaissent. La masse monétaire diminue, et l'état doit dépenser moins pour rester à l'équilibre : on risque alors d’entrer dans le cercle vicieux de la déflation.


Deux solutions s'offrent à l’état pour affronter ce type crise :

  • accompagner la déflation : on aligne les dépenses sur les recettes. La conséquence est un rapide appauvrissement du pays, mais l'espoir est que la crise sera rapide, et qu'on pourra alors repartir sur des bases solides. C'est la voie qu'est en train d'essayer de suivre le Royaume-Unis.
  • lutter contre la déflation : l'état maintient, voir amplifie ses dépenses pour maintenir coute que coute la masse monétaire. La conséquence est une explosion de l'endettement, mais en théorie une moindre souffrance sociale. C'est la voie des USA durant cette crise, et celle du Japon depuis 20 ans.

Aucune des deux solutions n'est vraiment très agréable à envisager, le mieux est de prévenir la crise en amont en empêchant les acteurs privés de trop s'endetter.


Est-ce l'intention de notre gouvernement ? La réponse dans ce graphe :

 dette-menages-france

Depuis 2002, la croissance de la dette des ménages n'a jamais été aussi rapide. Tout est fait pour inciter les français à s'endetter : prêts à taux zéro, déduction d'intérêts d'emprunts, Robien, Scelliez, pressions sur les banques ...


Je m'interroge sur les raisons de cette terrible erreur de jugement : personne au gouvernement n'a-t-il eu l'idée de chercher à comprendre les causes de la dernière crise, au-delà des incantations contre les affreux spéculateurs ?

 

Publié dans budget de l'état

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Fabien 18/01/2013 14:09

Bonjour,

Vous offrez dans vos possibles sorties de crise deux solutions, toujours en s'inspirant de pays (USA notamment) ayant une flexibilité accrue du marché du travail et un faible interventionnisme.

Je pense que cela n'est définitivement pas possible de comparer la France a de tel système, sauf peut-être pour des statistiques.
Sans se regarder le nombril, la seule chose courageuse qu'il faille faire, est d'agir de l'intérieur en modifiant notre système sans changer la base, qui est louable pour le plus grand nombre.
Les freins majeurs sont selon moi, la fiscalité la plus forte d’Europe et sa mondialisation non harmonisée, le manque de protectionnisme, et le manque d'engagement (envie courage etc.) d'un Etat
gangrené par des lobbies défendant leurs acquis, ce qui aboutit à une décroissance progressive d'une économie transférée de fait dans les pays émergents.

Effectivement sans changement de la part de la gouvernance de la France, le financement nécessaire augmente pour ce qui est des caisses du chômage, des retraites. On ne peut garantir le même
revenu, si les recettes ne sont pas là. S'endetter pour financer ce système est de la pure folie.

Le nombre de fonctionnaire augmente. Les entreprises délocalisent et crées des holdings off-shore à Singapore, Amsterdam (sandwich hollandais humm…), ou aux iles Bikini pour éviter les taxes.

L'argent s'échappe et le déficit augmente. C'est mathématique.

Et qu'attendons-nous pour nous attaquer aux abus si couteux, qui pourtant ponctionnent le peu de croissance que nous octroient nos entreprises ?
Ils sont nombreux, et pourtant, notre politique est de fermer les yeux.

Quelques exemples, les premiers qui me viennent : le cout des régimes spéciaux, qui est d'1 milliard / an pour les retraites de la SNCF à payer par les caisses du privé (qui n’a plus un sous); A
l’occasion du passage aux normes comptables IFRS, l’entreprise publique est priée par ses auditeurs de passer en 2006 une provision de 8 Md€ (milliards d’euros) alors que ses fonds propres ne sont
que de 4,8 Md€.
Il ne va s’en dire que ce transfert aux caisses privées est une réelle aubaine car l’impact est supporté par la collectivité (http://www.senat.fr/rap/r09-732/r09-732_mono.html)
Parlons des syndicats, qui perçoivent des subventions de 4 milliards, par an par l’Etat sans être auditer sur la fiabilité l’utilisation de ces fonds par des cabinets d’audit indépendants.

Le nombre en croissante augmentation des salariés des organisations départementales et régionales, pour quel résultat quant à la rentabilité d'un cout d'un emploi à vie...
Autre exemple publique, les mairies, telles que celle du Grau du Roi, qui se construit sur la plage, pour 6 000 000 d'euros une mairie flambant neuve, sans se soucier du droit du littoral !
Les budgets sont tellement bien ficelés, que pour avoir plus d’argent l'année prochaine, il faut tout avoir dépensé avant la fin de l'année.
Tous les fournisseurs de ces administrations le reconnaitront !
Il va s'en dire qu'avec cette façon d'agir, la mise à mal de ce système amorphe ne peut s’inverser si l'on continue ces dépenses fonctionnelles et futiles qui nous mène un peu plus chaque jour à
une « Bankrupt » programmée.
Tout comme les retraites, on ne pourra pas dire qu’on ne le savait pas.

Nam 10/03/2011 18:51


http://www.contrepoints.org/2011/03/10/16361-les-carottes-sont-cuites-pour-le-portugal

Une très forte remontée des taux dans tous les pays européens (y compris France et Allemagne) est inéluctable.

En investissant dans l’immobilier et les assurances-vie, les français font TOUT CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE pour s’y préparer.

On va bientôt entendre des gens pleurer.

Malheuresement, une fois que cela se produira, ils iront se défouler en rejoignant les partis extrêmes (nationalistes et/ ou communistes), au lieu de méditer sur leurs erreurs de jugement.


rasto 08/03/2011 19:51


"Diminuer les dépenses pour les aligner sur les recettes. Cela provoquerait obligatoirement des "régressions sociales" d'une autre ampleur que la réforme des retraites de l'année dernière".je pense
qu'on peut sans regression couper dans les depenses (etat et collectivités locales).par exemple on peut supprimer les subventions aux clubs et evenements sportifs du style equipe de volley feminin
de deuxieme division ou nième transat a la voile .on peut gerer bienmieux la gabegie sociale qui detruit la protection sociale.on peut diminuer le nombre de députés fermer les comissions fantomes
etc..tout ceci est sans douleur pour la societé.cela permet d'etre optimiste ...


laseri 07/03/2011 20:10


Bonjour,
Juste pour info, InvestigationFin vient de publier la suite de sa série d'articles sur comment est calculé le PIB (et perso j'ai eu des surprises) !
http://investigationfin.canalblog.com/archives/2011/03/07/20569972.html

Merci pour votre site ;)
Bien Cordialement


dl 25/02/2011 14:56


Pour la dette. Une grande partie est financée via l'assurance vie dont sont friands les français (chez AXA c'est n x 100 milliards dans le bilan).

Les français sont tout en haut en ce qui concerne le nombre de millionnaires/hab (devant les US). Et ceci malgré le grand nombre d'expatriés fiscaux.

Une réflexion sur les dépenses de la sécurité sociale - c'est aussi des revenus (valeur ajoutée) qui va dans le PIB.

Il suffit de regarder les revenus des médecins, pharmaciens ... ( souvent largement > 100k€ net / an - on parle de bénéfice net pas de salaire ). Avec 1/3 du PIB dans un domaine sans
concurrence, il y a quelque chose qui tourne sur lui-même.