Indignez-vous ?

Publié le par Fabien Pot

On m'a offert à noël le dernier bouquin à la mode, "Indignez-vous" de Stephane Hessel.

 

Je n'ai parcouru que quelques pages, avant de tomber sur ce paragraphe, à propos de la Sécurité Sociale  :

 

On ose dire que l'état ne peut plus assurer le coût de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesse à considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Sinon parceque le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat. Les banques désormais privatisées se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l'intérêt général.

 

En résumé :

  • le trou de la sécu, c'est la faute aux banques
  • si on pouvait faire de la sécu en 45, on peut le faire encore puisqu'on a plus de sous.

 

Je passe sur la première idée, je pense qu'on va avoir du mal à combler le trou de la sécu avec les dividendes que versent les banques françaises ces derniers années...

 

Pour la suivante, je ne pense pas que la Securité Sociale de 1945 ait quelquechose à voir avec celle de 2011 :

  • pas d'assurance chômage
  • retraite à 65 ans, avec une espérance de vie autour de 65 ans
  • pas de congés parentaux, congés parternité, allocations de rentré scolaire, etc ..
  • le coût de l'assurance santé n'avait rien à voir (en tout cas c'est mon intuition)

Mais à un long discours pompeux, je préfère un graphique bien parlant. J'ai donc essayé de reconstruire le coût de la sécurité sociale depuis 1949.

 

Voici la définition que donne l'Insee d'une prestation sociale :

Prestations sociales (comptabilité nationale)

Transferts, en espèces ou en nature, aux ménages qui sont destinés à alléger la charge financière que représente pour ceux-ci la protection contre un certain nombre de risques ou de besoins (liés à la maladie, la vieillesse, le logement, etc.). Ils sont effectués dans le cadre de l'assurance sociale par l'intermédiaire de régimes (publics ou privés) organisés de façon collective ou bien, en dehors de ces régimes dans le cadre de l'assistance sociale, par des unités des administrations publiques ou des ISBLSM.

 

J'ai donc additionné les séries :

  • PRESTATIONS SOCIALES EN ESPECES (D62) des ADM. DE SECURITE SOCIALE
  • PRESTATIONS SOCIALES EN NATURE (D631) des ADM. DE SECURITE SOCIALE
  • TRANSFERTS DE BIENS ET SERVICES NON MARCHANDS INDIVIDUELS (D632) des ADM. DE SECURITE SOCIALE

et les ai rapporté au PIB de l'année en question.

 

Qu'est ce que cela donne ? La réponse dans ce graphique :

SSvsPIB.PNG

Le coût du système de Securité Sociale est donc passé de 7,7% de la richesse produite en 1949, à plus de 23,6% en 2009 !

 

Indignez-vous ? Et bien allons y :  je suis indigné qu'on mette en danger une très noble idée, celle de protéger les personnes en incapacité de travailler, en la poussant au-delà du raisonnable, et en risquant la faillite de tout le système.

 

Et malgré tout le respect que je dois à quelqu'un qui a eu le courage d'affronter les nazis, je suis indigné qu'un livre qui contient de telles inepties dès la page 10 puisse avoir eu autant de succés ...

Publié dans humeur

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Amada 22/02/2011 14:20


Ha bon ? C'est-à-dire ? En clair ?
Trop "expert" pour moi.
Mais merci pour les chiffres.
Amada


Amada 22/02/2011 03:40


Bonjour,

Je ne fait pas partie des "experts" en économie. Mais ce qui est sûr c'est qu'à force de me laisser conter des salades à partir de chiffres et de graphes à l'objectivité évidente j'ai appris à
compter de façon réfléchie.

Les dépenses de sécu sont passées de 7,7% en 1949, à plus de 23,6% en 2009 écrivez vous, point d'exclamation à l'appui, pour dénoncer l'abus de soins dont nous sommes fautifs.
Si je compte bien, ces dépenses ont donc été multipliées par 3. C'est ok ?
Je répète, nous "coûtons" trois fois plus à la sécu qu'en 1949, c'est bien ça ? Mais c'est énorme !

Mais plus énorme encore a été selon vous (voir plus haut), la croissance de la richesse par habitant reportée au PIB sur la même période ! Non ? Puisqu'on y passe de 4900 à 25800 euros par an, soit
une multiplication par 5 !

Pour faire la corrélation, bien sûr, il faut d'abord faire un petit effort et décider des notions adoptées : proportions, pourcentages ou chiffres ? Faute de quoi, on s'embrouille l'esprit.
Mais pour faire ce petit effort, il faut d'abord avoir une curiosité transversale, un esprit synthétique.

Car l'esprit de synthèse a des vertus que l'analyse ignore.

Cordialement
Amada

PS : c'est comme le coup classique de : qu'est-ce qui pèse le plus, un kilo de plumes ou un kilo de plomb ? Que plumes et plomb évoquent dans les esprits des volumes hétérogènes, et l'erreur
s'impose, la notion de poids passant en arrière-plan.


Fabien Pot 22/02/2011 08:36



Bonjour Amada,


le PIB a été multiplié par 5 depuis 1949, et la proportion du PIB utilisé pour les transferts sociaux par 3. Donc nous dépensons 5x3 = 15 fois plus qu'en 1949 pour la sécurité sociale,  si
vous souhaitez compter comme ça (ce que je n'ai pas fait, vous voyez que je ne fais pas tant dans le sensationalisme que ça :-) ).


L'esprit de synthèse est en effet une très bonne chose, mais un blog n'est pas un livre. Chacun de mes articles analyse un fait précis. Ils s'inscrivent pourtant bien dans un schémas général, et
il m'arrive à l'occasion de faire un article synthétique.


bien cordialement,



dl 17/02/2011 11:45


J'aime bien ce blog parce qu'il fait peu de commentaire et aligne les vrais chiffres - je n'y vois aucune faute de raisonnement.

C'est symptomatique comment les utopistes arrivent à se fâcher sur les résultats des calculs qui ne leur plaisent pas.

Aux chiffres ils répondent par des mots vagues sans jamais se risquer à calculer.

Dans le programme commun, les économistes politiques (des scientifiques donc) de l'époque avaient mis 100% pour les variables d'élasticité.


Fabien Pot 17/02/2011 12:26



En effet, je trouve que les Français ont une grande capacité à parler beaucoup, sans aucune donnée à l'appui de leur raisonnement. Une série statistique peut bien sûr être erronée, ou mal
interprétée, mais ca vaut toujours mieux que de parler dans le vide.



vincent 16/02/2011 13:41


Je suis entièrement d'accord avec cette idée. J'aurai préféré lire ça, que lire les dernières phrases que vous avez écrit.

Cdlt


vincent 16/02/2011 11:28


Pardon pour les fautes d'orthographe -_-


Fabien Pot 16/02/2011 11:51



Je ne suis moi-même pas un modèle sur ce point ;-)