Etat de l'économie de la France en octobre 2009

Publié le par Fabien Pot

Le PIB est reparti à la hausse au deuxième trimestre, mettant fin à la récession officielle.

Cependant, l'exemple des deux crises précédentes incite à la prudence :


La récession de fin 90-début 91 est suvie deux ans plus tard par la récession de 1993. La récession de fin 2001-début 2002 est suivie par une nouvelle récession mi 2003, 18 mois plus tard. Ce sont des récessions dites "en W". Le scénario que je privilégie cette fois ci est le même, avec une petite reprise en 2010, et une rechute en 2011 lorsque l'état français aura épuisé ses cartouches et sera obligé de réduire les déficits.
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La composante investissement du PIB est la plus intéressante :


L'investissement, c'est la confiance en l'avenir. Son retournement est continue pendant toute la période 91-93, et réunit en une seule les deux récessions vu sur le graphique du PIB. Il en va de même pour la récession de 2001-2003. On voit également que la période 93-97 de relative stagnation économique correspond à une stagnation de l'investissement.

Au deuxième trimestre 2009, l'investissement continue de chuter, à un rythme moins rapide. Cela renforce ma conviction que la reprise du T2 2009 est temporaire. La vraie reprise n'interviendra que lorsque l'investissement repartira à la hausse.
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L'indice de la production industrielle apporte un complément d'information intéressant :


La fin de la chute de la production industrielle est intervenue en toute fin de récession lors des deux épisodes précédents. Si le même schéma s'applique ici, la crise est terminée depuis avril !

Je pense cependant que le scénario est un peu différent cette fois-ci. La chute de la production a été tellement rapide et violente que le rebond était quasiment acquis, dès lors que les états ont dégagé les moyens de maintenir la consommation à un niveau proche de son plus haut.
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La période précédent la crise avait été marquée par une explosion des échanges extérieurs. Si la chute des importations et des exportations semble enrayée, elles stagnent depuis quelques mois à un niveau "pré-bulle" :



Il est possible qu'il s'agisse d'une évolution de long terme. L'Occident qui s'endette toujours plus pour acheter en Chine toujours plus de produits, c'est peut être du passé. Il faudra surveiller les évolutions des monnaies. Si la Chine décide de lâcher le dollar, alors ce sera effectivement la fin d'un certain mode de fonctionnement du monde.
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L'immobilier est particulièrement touché par la fin de la bulle du crédit. Pour l'instant, le marché est en baisse (mises en chantier, nombre de transactions, prix) :


Seul point positif, la chute de la production de nouveaux crédits immobilier est peut-être en train de s'arrêter en septembre.

Je ne pense pas que la bulle du crédit pourra repartir cette fois-ci. Si j'ai raison, les prix devraient corriger d'au minimum 40% en euros constants (soit la majeure partie de l'augmentation des dernières années, achetée à coût de dettes).
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Comment parler de bilan, sans parler de dettes ? En effet, c'est le coeur de la crise.


Alors que l'augmentation de la dette des entreprises était le moteur de la croissance des années 98-2000 (en rouge), celle des ménages (en bleu) le moteur de la croissance des années 2004-2007, les administrations publiques ont pris le relais en 2009.

C'est grâce à un déficit abyssal du budget de l'état que l'économie a pu repartir au deuxième trimestre :


Cette situation est intenable sur le long terme, car la dette atteint des niveaux insoutenables :


Deux scénarios possibles (parmi d'autres) :
- un budget de rigueur dès 2011, avec un retour de la récession, et une sortie de crise définitive vers 2012-2013
- pas de rigueur, une rapide dégringolade des comptes publiques pour arriver à la situation du Japon. Risque de faillite de l'état à l'horizon 2013-2014, avec une "vraie" crise de 29 à la clé (l'exemple récent de l'Argentine montre que c'est tout à fait possible)

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Pour finir ce tour d'horizon, il nous reste à parler du chômage :


Le chômage est un indicateur "en retard". Il continue d'augmenter bien après la fin de la récession. On devrait donc connaître encore au minimum quelques trimestres d'augmentation.

Publié dans bilan mensuel

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hugues 02/11/2009


merci pour cette magnifique synthèse.
Hugues


Zolhander 02/11/2009


Très bonne synthèse !!!

Pour la rendre vraiment complète, il faudrait y rajouter un graphe sur l'évolution des taux de crédit.

Les taux sont au plus bas à 1% depuis un bout de temps mais la BCE va être obligée de les remonter à partir de mi-2010.

Cela va faire très mal au marché immobilier et aux intérêts de la dette du pays !

A partir de mi-2010, l'orgie des dépenses sera finie; ce sera le début du retour à la rigueur budgétaire.


BA 03/11/2009


Aux Etats-Unis, les consommateurs sont fauchés et surendettés. Donc l'Etat soutient les consommateurs en leur distribuant des primes. Le programme surnommé « Cash for houses » est le
suivant : un primo-accédant qui achète un logement a droit à un crédit d’impôt de 8000 dollars ! En clair : l’Etat subventionne les consommateurs pour qu’ils achètent des
logements !
Lisez cet article :

« L'indice des promesses de ventes des logements s'est inscrit en hausse de 6,1 % en rythme séquentiel à 110,1 sur le mois de septembre. Par rapport à septembre 2008, les promesses de vente
affichent une augmentation de 21,2 %, soit un record de hausse annuelle. L'indice atteint ainsi le plus haut depuis décembre 2006.

'Nous observons un 'rush' de primo-accédants avant la date d'expiration du crédit d'impôt, à la fin du mois prochain' note Lawrence Yun, économiste en chef de la NAR, ajoutant que 'la valeur des
maisons se stabilisera bientôt, plutôt que connaîtra une nouvelle correction'. »

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=c0e0be5976d4d86d9099ccbfc1d5b869

Fin novembre 2009, l'Etat ne donnera plus le crédit d'impôt de 8000 dollars aux primo-accédants. Le secteur du logement connaîtra donc un effondrement.

C'est exactement ce qui s'est passé pour le secteur automobile. En juillet et août 2009, l'Etat a distribué une prime énorme aux consommateurs américains pour qu'ils achètent des voitures. Ce
programme était surnommé « Cash for clunkers ». Ce programme a coûté aux contribuables américains 24 000 dollars par voiture achetée !

http://money.cnn.com/2009/10/28/autos/clunkers_analysis/index.htm?postversion=2009102910

Mais ensuite, que s'est-il passé ?

Réponse : quand l'Etat a arrêté de donner la prime, le secteur automobile s'est effondré. Voici le graphique :

http://research.stlouisfed.org/fred2/series/ALTSALES?cid=98

Et en France ?

En France, c'est pareil. Les consommateurs français sont fauchés et surendettés. Donc l'Etat soutient les consommateurs en leur distribuant des primes :
- prime de rentrée scolaire (pour acheter des fournitures scolaires)
- prime à la cuve (pour acheter du mazout)
- bonus écologique et prime à la casse (pour acheter des voitures)
- prime sous forme de crédit d'impôt pour les logements écolos (pour acheter des logements économes en énergie).

Un exemple : l'automobile. Début 2010, quand l'Etat français baissera les bonus écologiques et les primes à la casse, le secteur automobile s'effondrera.

Lisez cet article :

Lundi 2 novembre 2009 : « Les ventes de voitures neuves ont bondi de 20,1 % en octobre par rapport au même mois de 2008, dans un marché toujours dopé par les aides gouvernementales, alors que
les clients anticipent la réduction de la prime à la casse et le durcissement du bonus écologique au début de 2010. »

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=5c761a14b6b4102ea4545864383d3ded

Conclusion : aux Etats-Unis, en France, et dans les autres pays occidentaux, les consommateurs sont fauchés et surendettés. Du coup, ce sont les Etats qui se surendettent pour soutenir la
consommation. Si l’Etat arrêtait de distribuer des aides et des primes, la consommation s’effondrerait brutalement.

Jusqu’à quand va durer cette fuite en avant ? Je ne sais pas.