Endettement de la France en 2009 - màj 26-05-2010

Publié le par Fabien Pot

La banque de France a recemment publié une série sur l'endettement des acteurs français (ménages, administrations, entreprises), ainsi qu'une comparaison avec les principaux pays de l'OCDE.

 

L'accélération de l'endettement du pays est très nette à partir du printemps 2008 :

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L'endettement de la nation a plus que doublé en 30 ans, passant d'une à deux années de production.

 

Dans le détail :

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  • Le niveau d'endettement des entreprises françaises en niveau de PIB a très peu evolué au cours de ces 30 dernières années. Il n'y a pas eu de bulle de l'investissement en France, dans la période récente.
  • L'endettement des ménages est très faible à l'orée des années 80. Il progresse modérement jusqu'en 2000, et suit désormais une tendance exponentielle, y compris pendant la periode récente de la crise financière.
  • Les administrations sont de loin les plus mauvais élèves de ce classement, avec un plus que triplement de la dette en 30 ans. Les phases d'explosion de la dette succèdent à des phases de relative rigueur. A plus de 80% du PIB, notre dette public est aujourd'hui l'une des plus elevée du monde.

 

Comparons maintenant notre endettement à celui de quelques grands pays. Malheureusement, la série proposée par la Banque de France remonte moins loin dans le temps (1997) :

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La comparaison internationale de l'endettement des entreprises est très interessante. Elle permet de détecter les pays qui ont connu,s ou connaissent une phase de surinvestissement.

  • Le cas du Japon est très frappant : on voit l'effet du deleveraging de la dette, engagé à la suite de la crise des années 90, qui se poursuit jusqu'en 2005. A cette date, les entreprises Japonaises ont retrouvé un niveau d'endettement relativement raisonnable, et ont cessé de se désendetter.
  • Le cas de l'Espagne est tout aussi interessant. La bulle de surinvestissement qui se forme à partir de l'année 2005 est très nette sur le graphique. Elle culmine fin 2008. Le nettoyage de cet excés de dette risque de prendre du temps, ce n'est donc pas un hasard si l'Espagne inquiète les marchés.
  • Dans une moindre mesure, le Royaumes-Unis et l'Italie on probablement connu un excés d'investissement au cours de la decennie. Ce n'est pas le cas de la France, de l'Allemagne et des USA.

 

dette-menages-comparaison2009.PNG

  • Quand on parle des ménages, c'est bien sûr la dette des américains qui est montré du doigt en premier, à raison. Les ménages y sont 2,5 fois plus endettés qu'en France ! Le deleveraging de la dette a commencé en 2007, mais au rythme actuel, il faudra des années pour retrouver un niveau d'endettement acceptable, ce qui n'est pas de bonne augure pour la suite des évenements ..
  • Le Royaumes-Unis suit de près le modèle de son grand frère anglo-saxon, mais là, la baisse de l'endettement n'a pas commencé. Au contraire les anglais ont augmenté leur niveau d'endettement, relativement au PIB (qui a baissé) en 2009. La hausse récente des prix à Londres serait-elle le dernier sursaut avant le grand mouvement de réduction de la dette ?
  • Les espagnols ont également largement utilisé le crédit lors de la decennie passée. La rapidité de la croissance de la dette risque de rendre l'atterissage très douloureux.
  • Dans les autres pays, l'endettement des ménages est moins catastrophique, avec même un desendettement au Japon et en Allemagne jusqu'en 2009.

 

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  • La dette publique, c'est bien sûr d'abord une histoire japonaise. La dette publique japonaise seule est supérieure à la somme des dettes de tous les acteurs français réunis, en % du PIB. Elle fausse le graphe par son ampleur. Certes, elle est détenue en grande partie par les japonais eux-mêmes ... comme la dette de Louis XVI l'était en 1789 par les français ! Je n'anticipe pas l'apparition de la guillotine au pays du sabre, mais souhaite juste souligner que l'idée d'une dette intérieur sans risque est pour le moins fallacieuce. On est toujours obligé de payer ou de faire défaut à un moment ou a un autre.
  • L'Italie est le grand pays européen le plus endetté, et depuis longtemps. Le semblant de deleveraging entamé dans les années 2000 a été balayé par la crise financière. Le faible niveau du déficit, ainsi qu'une balance commerciale excédentaire, laissent une chance à l'Italie de s'en sortir, si la crise ne s'amplifie pas.
  • Loin derrière, la France mène le bal des autres grands pays occidentaux. Si la situation des finances françaises n'est pas aussi dramatique que pour d'autres, elle est loin d'être reluisante pour autant. La crise grecque a le mérite de remettre les pendules à l'heure : la capacité à s'endetter n'est pas infinie, et les conséquences d'un défaut de paiement sont très graves. Le gouvernement semble en avoir pris conscience, comme ses homologues espagnols, portugais, italiens, anglais et bien sûr grecs.

 

  Le graphique suivant résume la situation, en sommant les trois composantes de l'endettement :

dette-totale-comparaison2009.PNG

 

Il faudra suivre les déboires japonais. Les Keynesiens prônent une explosion de la dette publique sur ce schéma, et expliquent le relatif échec japonais par leur trop grande timidité dans le recours aux déficits (!). Je ne peux croire que ce soit la solution, et j'attend dans un avenir proche le défaut de l'état japonais.

 

Trois pays sont ensuite en danger : l'Espagne, l'Italie, et le donneur de leçons (et de noms de cochons), le Royaumes-Unis. En effet, il manque un "U" à "PIUIGS" (un carambar à celui qui trouve le meilleur acronyme).

 

En additionnant la dette de tous les acteurs, on se rend compte que la France est finalement championne de la tempérance, devant l'Allemagne ! Un endettement raisonnable des entreprises, un demarrage tardif de l'endettement des ménages, un endettement fort sans être catastrophique de l'état, et finalement un fardeau encore supportable juste en dessous de 200% du PIB. C'est maintenant l'heure de vérité : la France va-t-elle sortir de cette crise la tête haute ? Elle en a peut être la possibilité.

 

----------------- màj du 26/05/10 ----------------

 

Les plus attentifs d'entre vous auraient dû s'étonner que la France fasse tellement mieux que son très vertueux voisin allemand. En vérifiant mes données, je me suis rendu compte que je leur avais ajouté de la dette qu'ils n'ont pas (dernier graphique) ! Acte manqué ? Jalousie ?

 

Voici le graphique corrigé :

 

dette-totale-comparaison2009-copie-1.PNG

Cela n'invalide pas pour autant ma conclusion, puisque nous faisons presque jeu égal avec les allemands.

Publié dans crédits-dettes

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Nam 27/05/2010 15:37


Pour aller plus loin dans la vulgarité: PIIGSUK


laurent 26/05/2010 20:23


GUPIIS c'est un peu bête un poisson, non ? Et puis c'est un peu comme les cochons, ça mange sans faim.


Nam 26/05/2010 13:53


Mais le post est très bon et très synthétique.


Nam 26/05/2010 13:52


En outre, la dérivée permettrait de voir l'accelération ou la décelération de l'endettement.


Nam 26/05/2010 13:50


Ce qu'il serait intérressént de comparer, au niveau international, serait de niveau d'endettement par rapport aux RECETTES, et non pas par rapport au PIB.


Fabien Pot 26/05/2010 19:23



pas vraiment, non. Les recettes sont très variables, surtout en ce qui concerne les états. On dispose de comparaisons par rapport à la valeur ajoutée pour les entreprises, et les revenues bruts
pour les ménages, mais la meilleure base de comparaison reste le PIB, grandeur bien nomalisée, qui represente la production de richesse d'un pays.