Crédits au secteur privé en octobre-novembre 2009

Publié le par Fabien Pot

La Banque de France a remis à jour son site, et de nouvelles séries statistiques sont disponibles.

Je suivrais désormais deux séries de données :
  • l'encours et la production de crédits à l'habitat : il représente près de 80% de l'encours des crédits des ménages.
  • l'encours et la productions de crédits aux SNF (Société Non Financières) : c'est l'essentiel du crédit aux entreprises (+ de 90%)
Ces deux séries aggrègent plus de 80% de l'encours de crédits au secteur privé en France.

A) Crédit à l'habitat

L'encours du crédit à l'habitat progresse faiblement en novembre, à 729,5 milliards d'euros :

creditHabitatEncours2-Nov09.PNG
Le graphique précédent illustre bien la folie immobilière qui s'est emparée de nos concitoyens dans les années 2003 à 2007: l'encours de crédits détenus par les ménages double presque en 4 ans (de 352 milliards d'euros à 653 milliards d'euros).

Si on regarde maintenant en terme de variation, on s'aperçoit que l'encours progresse encore aujourd'hui, mais à un rythme plus faible mois après mois :
creditHabitatEncours-Nov09
La Banque de France publie également une estimation de la production de crédits à l'habitat, en glissement annuel :
creditHabitatProduction-Nov09
Il semblerait qu'après avoir fortement baissée ces trois dernières années, la production de crédits se stabilise au niveau de début 2004, autour de 80 milliards d'euros par an (précisément 82,3 milliards en octobre). On avait atteint les 156 milliards en novembre 2006, ce qui représente une chute de presque moité par rapport au sommet.

L'autre enseignement de cette statistique, c'est la quasi-disparition des prêts à taux variables (en bleu sur le graphe).


Je me suis posé la question de la corrélation entre la variation de l'encours de crédits et la production de crédits :
creditHabitatEncoursVsProduction-Nov09
On s'aperçoit qu'il existe une très forte corrélation entre ces deux données. Lorsque la production de crédit vaut n, l'encours augmente de n/2. Cependant, cette corrélation a faiblit ces derniers mois, la production de crédit diminuant moins vite que l'encours.

Si on voulait faire du mauvais esprit, on pourrait imaginer que les banques exagèrent la production de crédits lorsqu'elles répondent à l'enquête de la Banque de France, afin de ne pas s'attirer les foudres du gouvernement ...

B) Crédit aux SNF

L'encours du crédit aux SNF recule en novembre 2009, à 763,5 milliards d'euros :

creditEntrepriseEncours2-Nov09.PNG
L'encours a presque doublé entre 2004 et 2008, de 440,4 milliards d'euros en janvier 2004 à 780 milliards d'euros en janvier 2009. Retrospectivement, il parait difficile de comprendre comment si peu d'économistes ont pu s'inquiéter du gonflement de la bulle du crédit, les chiffres étaient disponibles et publiques ...

Voyons maintenant en terme de variation :
creditEntrepriseEncours-Nov09.PNG
L'encours regresse depuis janvier 2009, et les entreprises se désendettent à un rythme jamais atteint auparavant (23,8 milliards d'euros par an).

Ci-dessous, l'estimation de la production de nouveaux crédits par les banques :
creditEntrepriseProduction-Nov09
La production de nouveaux crédits aux entreprises continue de ralentir en octobre 2009, à 231 milliards d'euros sur un an. C'est cependant encore supérieur aux années 2003-2004.

C) Conclusion

Malgré des taux extrèmement bas, le crédit au secteur privé n'est plus en expansion. Les efforts déployés par les états, dont l'état français, pour le relancer parviennent au mieux à éviter une forte contraction.

L'ambiance devrait donc rester déflationniste, avec un scénario qui ressemble de plus en plus à celui du Japon des années 90: une bulle du crédit entrainant une bulle immobilière, des taux qui restent proche de 0 pendant longtemps et un état qui dépense sans compter pour essayer de redynamiser une économie morose.

Publié dans crédits-dettes

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chnico91 04/01/2010 20:01


merci pour cet article facile à comprendre pour les novices.
avec cet article , on ne peut que se conforter dans l'idée d'une baisse de l'immo sur plusieurs années.....


Paul 02/01/2010 12:03


Bravo j'apprécie beaucoup cette objectivité dans le travail.


aztapar 02/01/2010 09:00


Bravo pour votre travail explicatif.
Que pouvons nous en conclure sur les prix de l'immo à court terme,moyen terme?
Chez moi (cote basque)pas la moindre baisse en vue.


Fabien Pot 02/01/2010 10:16


Bonjour,

Les chiffres des notaires indiquent une baisse de 6,1% sur
un an pour le département 64.
La baisse est inéductable, car le crédit est le moteur du marché immobilier. Mais :
- l'immobilier n'est pas la bourse, les évolutions sont lentes
- l'action du gouvernement contribue à freiner le mouvement
- dans la phase actuel de retournement, les prix de ventes ont tendance à s'écarter des prix de transaction, reflétant l'inertie des vendeurs.

Cdt,


fredo 01/01/2010 23:31


excellent article

Merci pour ce travail