Les récessions en France depuis 1949

Publié le par eco-france

Qu'est-ce qu'une récession ?

La définition varie selon les pays. Aux Etats-Unis, la récession est déterminée par le National Bureau of Economic Research, en fonction de plusieurs indicateurs. En France, elle se définit par deux trimestres consécutifs de décroissance du PIB.

La première méthode a le désavantage d'être floue, car ne reposant sur aucun critère précis. Quant à la deuxième, elle a un très grand avantage: elle est tellement restrictive que la France n'est pratiquement jamais en récession !

Ci-dessous un graphique des récessions en France depuis 1949 :



NB: j'ai volontairement supprimé les Q3 & Q4 1968 qui déforment inutilement la série (-5.2% suivi de +8.5%)

La France n'a connu que trois récessions" officielles" depuis la guerre :

- septembre 1974 à juin 1975 (1er choc pétrolier)
- septembre 1992 à mars 1993
- mars 2008 à ???

Deux choses notables sur la situtation actuelle :

- certains se souviennent peut-être qu'à l'automne 2008, le gouvernement se vantait dans les médias que la France, contrairement à ses voisins, n'était pas entrée en récession pendant l'été (par exemple, ici). Le PIB était alors annoncé à +0.1%. Il vient d'être révisé à -0.2%. C'est une leçon à retenir valable pour beaucoup de statistiques : les chiffres sont souvent fortement révisés, donc méfiance ...

- selon la définition française, nous vivons la récession la plus longue depuis au moins1950 (déjà 4 trimestres). Et ce n'est probablement pas fini ...

J'ai trouvé qu'il pourrait être utile d'étendre cette définition très restrictive. Je considère donc en plus comme trimestre de récession :
- les trimestres qui suivent ou précèdent une récession lorsque la croissance y est inférieure à 0.2%
- les séquences décroissance-croissance-décroissance

Voici le résultat :


De nouvelles périodes de récession apparaissent :

- mars 1952 à décembre 1952
- juin 1958 à mars 1959
- mars 1980 à décembre 1980
- mars 1990 à décembre 1990
- la récession de 92 s'étend, allant de mars 1992 à juin 1993
- mars 2001 à décembre 2001

Comparons maintenant avec les récessions aux Etats-Unis, grâce au blog calculatedrisk:


- sévère récession fin 58, début 59, comme en France
- sévère récession en 74, la France connaîtra la récession avec un léger retard (mi 74-mi 75)
- recession en 80, comme en France
- récession entre la mi 90 et la mi 91, un peu après la France
- récession en 2001, comme en France
- récession extrème depuis décembre 2007, en France depuis mars 2008

Conclusion : deux récessions en France ne sont pas corrélées avec une récession aux Etats-Unis depuis 1950 (la récession de 52 et celle de 92-93) !

Cela démontre, qu'une récession est généralement un phénomène mondial, sur lequel les politiques français ont peu d'influence.

Publié dans PIB

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Francisco Vergara 15/08/2013 11:20

Vous avez eu une excellente idée en attirant l’attention sur les différents critères utilisés pour identifier une récession. Savoir si un pays est entré (ou sorti) de récession semble fort utile
dans la période traversée actuellement par l’Europe.

Ci-joint, en pdf (http://fvergara.com/PostwarBusinessCycleinWesternEurope.pdf), un tableau de Milton Gilbert (Economic Adviser and Head of the BIS Monetary and Economic Department de 1960 à 1975),
qui identifie – comme vous – une récession de 12 mois en 1952-53 avec contraction de 8% de la production industrielle et une autre de 9 mois en 1958-59 avec contraction de 5% (Milton Gilbert « The
Postwar Business Cycle in Western Europe”, The American Economic Review, Vol. 52, No. 2, p. 94).

Le critère des « deux trimestres consécutifs » de recul du PIB, si souvent utilisé dans les media, est clairement déficient. Il ne détecte pas – comme vous l’avez remarqué – les récessions
françaises des années cinquante, ni celles des années soixante et nous donne une idée inexacte de nos « trente glorieuses ». S’il s’agissait d’un examen de laboratoire destiné à détecter une
maladie, les biologistes diraient qu’il manque de « sensibilité » (il ne détecte pas tous les cas) et de « spécificité » (il donne des fausses alertes lorsque la maladie est absente).

Illustrons cela avec l’exemple des Etats-Unis (qui est un des pays qui a eu le plus de récessions et c’est leur définition du PIB que nous – les Européens – avons adopté). Les chiffres américains
montrent que 20% de leurs récessions ne contiennent pas deux trimestres consécutifs de recul du PIB (celles de 1960-1961 et celle de 2001, par exemple). Pire encore, le PIB s’est parfois contracté
pendant deux trimestres consécutifs, sans que l’économie soit en récession (1949, Q1 et Q2). http://nber.org/cycles.html

La récession française de 1952-53 ressemble, de ce point de vue, à celle que les Etats Unis ont connue entre mars et novembre 2001. Dans les deux pays l’activité économique s’est contractée de
manière significative. Les deux économies ont connu 2 trimestres de contraction du PIB, mais ces trimestres n’étaient pas consécutifs.
(http://www.insee.fr/fr/themes/comptes-nationaux/tableau.asp?sous_theme=8.1&xml=t_pib_vol). Quant au PIB annuel, il a ralenti dans les deux pays, mais il ne s’est pas contracté.

Si par « récession » nous entendons, comme le NBER*, « un déclin significatif de l’activité économique qui se répand à travers l’économie et qui dure quelques mois ou plus » (a significant decline
in economic activity [that] spreads across the economy and can last from a few months to more than a year), un tel déclin tend nécessairement à ralentir le PIB, mais ne produit pas nécessairement
une contraction de celui-ci, car le PIB contient beaucoup de choses qui ne sont pas, à proprement parler, de l’activité économique.

Francisco Vergara
http://fvergara.com
* National Bureau of Economic Research